Deux additifs alimentaires courants altèrent le comportement des souris

Une étude récente incrimine deux additifs alimentaires dans les changements de comportements des souris. Mais au fait, c’est quoi un additif ? Est-il possible que ces substances puissent aussi modifier nos comportements à nous, les humains ?

Les additifs alimentaires, c’est quoi ?

les additifs envahissent nos aliments

Les additifs alimentaires sont des substances, naturelles ou synthétiques, ajoutées aux aliments pour conserver plus longtemps leur comestibilité et leurs qualités organoleptiques (tout ce qui touche à l’appétence de l’aliment, à ses caractères gustatifs).

Ils peuvent aussi servir à redonner du goût ou de la texture à un aliment ultra-transformé, voire même à modifier la couleur d’origine pour donner un visuel plus atrayant. On distingue ainsi les additifs dits de conservations (utile pour la conservation) et les additifs cosmétiques (utilisés à des fins esthétiques). 

 

Notre intestin, cet écosystème

Depuis maintenant quelques décennies, nous savons que nos intestins sont tapissés par une horde de bactéries. Un immense écosystème règne dans notre ventre. Et notre environnement, et donc ce que nous mangeons, régule cet écosystème. 

Plus récemment, on a découvert qu’il existait des liens neuronaux qui forment une connexion entre nos bactéries intestinales et notre cerveau. Cependant, il existe des substances qui dérégulent cet équilibre minutieux.

C’est le cas des antibiotiques à large spectre par exemple, mais aussi de certains additifs alimentaires (dans une moindre mesure évidemment). Ces derniers sont soupçonnés de modifier notre comportement et nos humeurs en déséquilibrant notre flore intestinale.

 

Les souris perturbées par deux additifs alimentaires courants

Une récente étude publiée dans la revue Scientific Reports en janvier 2019 met en évidence l’altération des comportements sociaux de la souris par deux additifs alimentaires courants.

additifs alimentaires et étude d'impact chez les souris

De quels additifs alimentaires s’agit-il ?

Les deux additifs alimentaires incriminés sont le carboxymethylcellulose (ou E466) et le polysorbate 80 (ou E433). Ce sont deux émulsifiants, utilisés comme agents de texture, notamment pour stabiliser les crèmes et les mousses.

On les retrouve par exemple dans les produits laitiers, le lait de coco, les soupes, les sauces et dans les compléments alimentaires mais dans beaucoup d’autres produits ultra-transformés. 

 

Quel est le mécanisme d’action ?

On savait déjà que certains additifs (nitrate, polysorbate, carboxyméthylcellulose, alcool, édulcorants, etc. ) altèrent la composition du microbiote intestinal. Compte tenu de la connexion entre microbiote et cerveau, la question des effets des additifs alimentaires sur les comportements sociaux et l’anxiété pouvait légitimement se poser.

Par ailleurs, des études de cohortes conduites chez des humains ont déjà mis en évidence des corrélations entre consommation d’aliments ultra-transformés (contenant donc bon nombre d’additifs) et hausse des symptômes dépressifs.

Le problème c’est qu’éthiquement, il est impossible d’initier des études cliniques d’impact sur l’homme pour constater la nocivité d’une substance. Les études sur les animaux constituent donc la meilleure alternative. C’est pourquoi l’étude qui nous intéresse se porte sur la souris.

 

Quelle a été la méthodologie utilisée ?

Trois groupes de souris ont été constitués : un groupe polysorbate, un groupe carboxylméthycellulose et un groupe témoin. Pendant 12 semaines, les scientifiques ont exposé ces souris à la consommation quotidienne des additifs alimentaires ajoutés à l’eau.

Comparé au groupe qui buvait une eau dépourvue d’additifs, les comportements des souris exposées à l’un des additifs étaient altérés. Les investigateurs ont noté une socialisation moins prononcée et une anxiété importante.

En effet, la consommation de ces additifs entraînait une altération de la flore intestinale et une déplétion de l’expression de certains neuropeptides jouant un rôle crucial dans la prise alimentaire notamment.

En somme, ces deux additifs alimentaires semblent bien être capables d’altérer les comportements d’un organisme comme celui de la souris. On peut néanmoins émettre des limites à cette étude à cause du faible nombre de souris utilisées (6 au total).

 

Pour conclure sur les additifs alimentaires

additifs alimentaires et aliments ultra-transformés

Ces résultats ne peuvent pas être directement extrapolés à l’homme, cependant le faisceau de preuves concernant le potentiel impact santé de certains additifs ultra-transformés est plutôt inquiétant.

Les autorisations d’utilisation de ces additifs alimentaires en Europe et en France sont régulées notamment par l’EFSA. Malheureusement cet organisme manque de moyens pour réévaluer régulièrement les niveaux de risque des additifs autorisés sur la base des avancées de la sciences et des nouvelles études publiées.

Bon nombre d’additifs alimentaires sont actuellement en cours de réévaluation par l’EFSA mais ce processus prend du temps. En attendant, mieux vaut probablement adopter un principe de précaution consistant à réduire sa consommation d’aliments riches en additifs, ce qui est notamment le cas de beaucoup d’aliments ultra-transformés.

  • 139
  •  
  •  
  •  
Julien Hernandez

L'auteur :
Julien Hernandez

Rédacteur scientifique, vulgarisateur, vidéaste amateur.

D’abord pris de passion pour l’alimentation, Julien s’est ensuite intéressé à l’élaboration des connaissances ainsi qu’à l’épistémologie de sa discipline. Après une formation de 3 années en nutrition humaine et sportive, il a voulu tenter l’expérience de vulgariser l’information scientifique dans ce domaine, expérience dont il est tombé amoureux.

Il écrit notamment pour LaNutrition.fr et Futura Santé et plus sporadiquement pour des plateformes de communication scientifique telles que Raccoursci. Il est aussi le créateur de la chaîne YouTube « Graine de savoir » où il réalise des interviews de chercheurs concernant les problématiques actuelles en alimentation sous tous leurs aspects.

Passionné de sciences en tout genre et de philosophie, il n’oublie pas de suspendre son jugement lorsqu’il se juge incompétent sur une question et tente de toujours aborder un problème dans son aspect multicentrique.

Pour Siga, Julien intervient comme rédacteur scientifique.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *