Les aliments ultra-transformés : ennemis de notre système cardiovasculaire ?

Une récente étude met en évidence une corrélation entre consommation élevée d’aliments ultra-transformés (AUT) et risque cardiovasculaire. 

 

Les aliments ultra-transformés et notre santé

Ce n’est plus une surprise : consommés en excès et régulièrement, les aliments ultra-transformés semblent clairement néfastes pour la santé. 

En effet, selon des études antérieures, ils sont liés statistiquement au risque de cancer et d’obésité (1,2,3). De plus, ils nous pousseraient à manger plus que de raison, selon une étude d’intervention encore plus récente (4).

Une nouvelle corrélation vient d’émerger entre leur consommation et le risque de maladie cardiovasculaire (5). Les maladies cardiovasculaires rassemblent l’ensemble des affections qui portent atteinte à notre cœur mais également à nos vaisseaux sanguins (artères, veines, micro-vaisseaux, etc.). Comme exemple connu on pourrait citer l’athérosclérose, qui par définition constitue l’obstruction d’une artère par des plaques d’athérome. 

 

Les aliments ultra-transformés augmentent-ils vraiment le risque cardiovasculaire ? 

L’étude Nutri-net santé : rechercher les liens entre alimentation et santé 

Cette cohorte est effective depuis 2009. Son ambition est de suivre l’alimentation d’une partie de la population française et d’examiner ces données afin de trouver des liens entre alimentation et maladie.

Ici, l’objectif était d’identifier un lien statistique unissant la consommation d’aliments ultra-transformés (triés grâce à la classification NOVA) et la survenue des maladies cardiovasculaires. 

 

Ce que dit l’étude concernant aliments ultra-transformés et maladies cardiovasculaires 

Les chercheurs ont suivi plus de 100 000 participants qui remplissaient un questionnaire sur ce qu’ils avaient mangé la veille, au début du suivi puis tous les 6 mois.

Après extraction et analyse des données, pour une augmentation de 10 % de la consommation d’aliments ultra-transformés les investigateurs observent les résultats suivants :

  • 12 % de risque supplémentaire concernant l’ensemble des maladies cardiovasculaires 
  • 13 % de risque supplémentaire concernant les maladies coronariennes 
  • 11 % de risque supplémentaire concernant les maladies vasculaires-cérébrales. 

 

On notera que les scientifiques prennent pour référentiel de comparaison le groupe en consommant le moins, c’est-à-dire 7,5 % dans la journée. Ces résultats restent valables même après des ajustements statistiques prenant en compte d’autres facteurs de risque comme la qualité de l’alimentation en général, le tabac, la sédentarité, etc.

 

Ce qui est intéressant dans cette étude, c’est de voir de quelles familles d’aliments proviennent la majorité des AUT consommés. Les produits sucrés sont en tête avec 28 %, suivis (de manière surprenante) par les fruits et légumes (18%), et les boissons juste après (16 %). Contrairement à ce qu’on pourrait penser intuitivement, les snacks salés par exemple, ne représentent ici que 2 % des apports en AUT.

 

Des limites liées au profil de l’échantillon observé 

On peut apporter quelques nuances à cette étude. En effet, on regrettera que l’échantillon observé ne soit pas plus représentatif de la population française, dans la mesure où il est composé de 80 % de femmes avec une moyenne d’âge de 43 ans.

Bien sûr, les AUT auraient certainement un effet délétère quelle que soit la cohorte observée, mais tout le problème réside dans l’échelonnage des pratiques à risque chez chaque catégorie de la population.

 

Les aliments ultra-transformés et le problème de la causalité

Le caractère prospectif et observationnel de quasiment toutes les études sur les AUT empêchent ces dernières d’aboutir à une relation de causalité stricto sensu. C’est encore le cas concernant le lien avec les maladies cardiovasculaires.

Néanmoins, les liens de causalité entre AUT et maladie se construiront comme avec le tabac : à l’aide de corrélations fortes et des critères de causalité de Sir Bradford Hill (6). 

Ils pourraient également se bâtir grâce à une vision plus holistique de l’impact des AUT en tant que « méta » facteur de risque, par exemple, au niveau de leurs impacts sur l’activité physique.

 

La consommation d’aliments ultra-transformés : les bonnes habitudes à adopter

Vous l’aurez compris, il ne s’agit pas de proscrire les aliments ultra-transformés de notre alimentation. Ces derniers ont une utilité (transport facile, durée de conservation longue, etc.). Cependant, il semble cohérent d’en consommer le moins possible.

Comme le conseille le Dr Anthony Fardet, une consommation raisonnée semble être de ne pas dépasser 15 % d’aliments ultra-transformés par jour (cela se situe entre le deuxième groupe et le troisième groupe de participants de l’étude).

C’est pourquoi, chez Siga nous cherchons notamment à aider et encourager les industriels à améliorer la qualité de l’offre alimentaire en proposant des produits toujours moins transformés. 

 

Références : 

(1) da Costa Louzada, M. L., Baraldi, L. G., Steele, E. M., Martins, A. P. B., Canella, D. S., Moubarac, J. C., … & Mozaffarian, D. (2015). Consumption of ultra-processed foods and obesity in Brazilian adolescents and adultsPreventive medicine81, 9-15.

 

(2) Nardocci, M., Leclerc, B. S., Louzada, M. L., Monteiro, C. A., Batal, M., & Moubarac, J. C. (2019). Consumption of ultra-processed foods and obesity in CanadaCanadian Journal of Public Health110(1), 4-14.

 

(3) Fiolet, T., Srour, B., Sellem, L., Kesse-Guyot, E., Allès, B., Méjean, C., … & Hercberg, S. (2018). Consumption of ultra-processed foods and cancer risk: results from NutriNet-Santé prospective cohort. bmj360, k322.

 

(4)  Hall, K. D., Ayuketah, A., Brychta, R., Cai, H., Cassimatis, T., Chen, K. Y., … & Fletcher, L. A. (2019). Ultra-processed diets cause excess calorie intake and weight gain: an inpatient randomized controlled trial of ad libitum food intakeCell metabolism.

 

(5) Srour, B., Fezeu, L. K., Kesse-Guyot, E., Allès, B., Méjean, C., Andrianasolo, R. M., … & Monteiro, C. A. (2019). Ultra-processed food intake and risk of cardiovascular disease: prospective cohort study (NutriNet-Santé). bmj365, l1451.

 

(6) HILL AB. THE ENVIRONMENT AND DISEASE: ASSOCIATION OR CAUSATION?. Proc R Soc Med. 1965;58(5):295–300.

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Julien Hernandez

L'auteur :
Julien Hernandez

Rédacteur scientifique, vulgarisateur, vidéaste amateur.

D’abord pris de passion pour l’alimentation, Julien s’est ensuite intéressé à l’élaboration des connaissances ainsi qu’à l’épistémologie de sa discipline. Après une formation de 3 années en nutrition humaine et sportive, il a voulu tenter l’expérience de vulgariser l’information scientifique dans ce domaine, expérience dont il est tombé amoureux.

Il écrit notamment pour LaNutrition.fr et Futura Santé et plus sporadiquement pour des plateformes de communication scientifique telles que Raccoursci. Il est aussi le créateur de la chaîne YouTube « Graine de savoir » où il réalise des interviews de chercheurs concernant les problématiques actuelles en alimentation sous tous leurs aspects.

Passionné de sciences en tout genre et de philosophie, il n’oublie pas de suspendre son jugement lorsqu’il se juge incompétent sur une question et tente de toujours aborder un problème dans son aspect multicentrique.

Pour Siga, Julien intervient comme rédacteur scientifique.

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