L’effet matrice : l’importance de la mastication pour un potentiel santé maximum

La mastication est impliquée dans la digestion alimentaire, c’est même une étape essentielle de celle-ci. Selon certaines études [1,2] , elle serait, en quelque sorte, « le garant » de la bonne santé de l’individu, du moins au point de vu digestif. En effet, il a été montré qu’une bonne mastication permettait notamment d’éviter les troubles et / ou inconforts digestifs dont se plaignent un bon nombre d’individus dans notre société actuelle.

femme qui pratique la mastication pour ses aliments

 

Qu’est ce que la mastication et à quoi sert-elle ?

Comme le souligne Marie Agnes Peyron, Chercheur à l’INRA de Clermont Ferrand dans son interview pour la nutrition.fr : « La mastication a pour objectif de préparer l’aliment à être avalé pour qu’il soit digéré. Cela comporte plusieurs aspects : tout d’abord, l’aliment doit être scindé en morceaux plus petits que ce qui a été mis dans la bouche pour que l’ensemble puisse être avalé sans douleur ».

La mastication va donc permettre de découper, de broyer les aliments afin d’en obtenir de plus petits morceaux qui pourront être correctement déglutis ; ce qui permettra, entre autre, d’éviter les « fausses routes ». 

 

Un homme s'apprêtant à croquer dans une pomme

Les dents sont le premier relai de cette étape cruciale suivies de la salive. Si, les dents servent au broiement mécanique du bol alimentaire, la salive grâce aux enzymes qu’elle produit va pouvoir effectuer la dégradation enzymatique du bol alimentaire. Ainsi, lors de la mastication, les dents sont impliquées dans ce qu’on appelle la digestion mécanique (broyage des aliments); la salive dans la digestion chimique (action des enzymes salivaires).

Du point de vu de la physiologie humaine [3], au cours de la mastication il va y avoir à la fois des « mouvements de coupes » et des « mouvements d’écrasements ».

Ces différents mouvements seront effectués grâce aux mâchoires inférieure et supérieure et aux muscles qui la composent ; mais aussi grâce aux différents muscles des joues et de la langue. Les muscles des joues et de la langue, de par leurs actions respectives, vont permettre, tout au long du processus de mastication, de ramener la nourriture entre les dents afin de continuer le broyage du bol alimentaire. 

 

Les dents, la salive, les mâchoires, les muscles des joues et de la langue, ne sont pas les seules entités impliquées dans le processus de mastication, mais notre système nerveux , et notamment notre cerveau le sont aussi [4].

 

En effet, lors de l’ingestion d’un aliment dans note bouche, « ses caractéristiques » vont être analysées par le cerveau afin de préparer l’arrivée de cet aliment au sein des autres organes du tube digestif. Plus précisément, afin  de permettre au tube digestif d’apporter la réponse adéquate à la prise en charge de cet aliment précis.

Ainsi, selon la composition du bol alimentaire, la réponse du tube digestif ne se fera pas à l’identique, même-si le processus global de la digestion restera inchangé. 

 

Les bienfaits de la digestion sur la capital santé 

Trouble digestifs et mastication

Il a été mis en évidence qu’une « bonne » mastication des aliments permettait de diminuer les remontées gastriques (RGO), les ballonnements et même les problèmes de transit comme la constipation. Le fait de « bien mastiquer » permettrait d’éviter les digestions difficiles. Ces « digestions difficiles », souvent rapportées en entretiens cliniques, seraient dues au fait que, en cas d’une « mauvaise » mastication, les aliments ne sont qu’en partie digérés lorsque ces aliments arrivent dans le gros intestin. 

Le ventre d'une femme : signe de bonne digestion grâce à la mastication

Dans leur étude, Mercier et Poitras (1992) [5], mettent en évidence l’amélioration des symptômes digestifs chez des patients ayant bénéficié d’une prise en charge de leurs troubles masticatoires. Les troubles masticatoires de leurs patients étaient dus à une atrophie de la crête mandibulaire de la mâchoire.

Ainsi, avant la reconstruction chirurgicale de la crête mandibulaire de la mâchoire, 60 % des 142 patients (73 patients) sondés se plaignaient de manière récurrente de troubles digestifs tels que des douleurs abdominales (sensation de brulure, ballonnements, crampes…), de constipation ou au contraire de diarrhées. Suite à la chirurgie réparatrice, parmi les patients s’étant plaint de divers troubles digestifs , 85 % rapportent, au cours de l’entretien clinique, une nette amélioration de leurs symptômes.

En 1994, Laurin et Collaborateurs [6], à leur tour, dans leur étude sur une population de patients âgés (60-89 ans) édentés, mettent en évidence un lien entre troubles masticatoires et troubles digestifs. En effet, d’après les résultats obtenus, ce sont les patients qui souffraient le plus de déficits masticatoires qui étaient le plus consommateurs de médicaments prescrits pour soulager les troubles digestifs (les laxatifs et / ou les antiacides). 

 

Il faut rester prudent quant aux conclusions que l’on peut en tirer

Certaines études [7] tirent des conclusions inverses et ne montrent pas d’association entre la mastication et la digestion. Cependant, cela ne peut être réfuté puisque les problèmes de mastication sont réduits, les plaintes de troubles digestifs sont réduites suggérant l’implication de l’appareil masticatoire dans l’apparition des troubles digestifs. Ce qui est probablement dû au fait que la fragmentation des aliments influence la vidange gastrique [8].

 

Gestion de poids et mastication 

La mastication joue aussi un rôle dans les comportements alimentaires et notamment dans la gestion du poids. Selon, un certain nombre d’études [9] menées sur le sujet, la mastication aurait un effet positif sur la satiété (prolongation de celle-ci) et réduirait la prise alimentaire (réduction de l’appétit). Une étude menée en laboratoire a mis en évidence cet état de fait. Les chercheurs ont ainsi montré que, lors de la consommation d’une pizza , un effort masticatoire plus important (40 mastications versus 15 mastications) entraînait une réduction significative de la faim, de la préoccupation alimentaire et du désir de manger [10].

un couple dégustant des aliments ensemble

De même, il a été montré, que mâcher lentement et / ou augmenter le nombre de mastication pendant les repas était associé à un  indice de masse corporelle (IMC) plus faible [11,12]. En effet, il a été établit, sur une population d’individus adultes, que manger rapidement était associé à une augmentation de l’IMC et à une prévalence plus élevée de l’obésité [13]. Le même type de résultat a été retrouvé chez les adolescents en « surpoids » dont le temps de mastication plus court était inversement corrélé avec l’ IMC [14]. Par conséquent, plus l’IMC est élevé, plus le temps de mastication est court. Ces résultats suggèrent que les individus en surpoids étaient ceux qui ne mastiquaient pas correctement [15]

Ainsi, bien mâcher sa nourriture pourrait être un moyen efficace et facile, d’une part pour réduire la taille des portions consommées et d’autre part, cela contribuerait à réduire le risque d’obésité [16,17]. En effet, plus le nombre de mastication est élevé, plus l’effet de satiété perdure dans le temps [18].

 

Pour conclure : comment faire pour bien mastiquer ?

La mastication est une étape essentielle dans la digestion. Une mauvaise mastication va provoquer des douleurs digestives voire l’apparition de carences dues à une mauvaise absorption des nutriments. 

La question qui se pose est comment faire pour « bien mastiquer »

Bien heureusement, il existe des techniques qui aident à l’augmentation du temps et du nombre de mastication. La méditation en pleine conscience en est un exemple. Cette technique en mettant l’accent sur les sensations corporelles et en recentrant l’attention sur le moment présent va permettre d’augmenter le temps de mastication[19]  et donc de manger plus lentement. 

Pour augmenter « sa mastication », il est possible de mastiquer pendant dix secondes chacune des bouchées ingérées afin de scinder en petit morceaux et de broyer au maximum l’aliment. Dix secondes est d’ailleurs le temps recommandé entre chaque bouchée. 

deux femmes partageant des aliments avant de les mâcher

 

Références bibliographiques

[1] [5] Mercier P., & Poitras, P. (1992). Gastrointestinal symptoms and masticatory dysfunction. Journal of gastroenterology and hepatology, 7(1), 61-65.

[2] Poitras, P., & Mercier, P. (1996). Rôle de la mastication dans la digestion. HEPATOGASTRO-MONTROUGE-, 3, 23-28.

[3] Menche, N. (Ed.). (2020). Biologie Anatomie Physiologie. Elsevier Health Sciences.

[4] Woda, A., Foster, K., Mishellany, A., & Peyron, M. A. (2006). Adaptation of healthy mastication to factors pertaining to the individual or to the food. Physiology & Behavior, 89(1), 28-35.

[6] Laurin, D., Brodeur, J. M., Bourdages, J., Vallee, R., & Lachapelle, D. (1994). Fibre intake in elderly individuals with poor masticatory performance. Journal (Canadian Dental Association), 60(5), 443-6.

[7] Meyer, J. H., Ohashi, H., Jehn, D., & Thomson, J. B. (1981). Size of liver particles emptied from the human stomach. Gastroenterology, 80(6), 1489-1496

[8] Pera, P., Bucca, C., Borro, P., Bernocco, C., De Lillo, A., & Carossa, S. (2002). Influence of mastication on gastric emptying. Journal of dental research, 81(3), 179-181.

[9] Miquel-Kergoat, S., Azais-Braesco, V., Burton-Freeman, B., & Hetherington, M. M. (2015). Effects of chewing on appetite, food intake and gut hormones: A systematic review and meta-analysis. Physiology & behavior, 151, 88-96

[10] Zhu, Y., Hsu, W. H., & Hollis, J. H. (2013). Increasing the number of masticatory cycles is associated with reduced appetite and altered postprandial plasma concentrations of gut hormones, insulin and glucose. British Journal of Nutrition110(2), 384-390.

[11] Fukuda, H.; Saito, T.; Mizuta, M.; Ishimatsu, T.; Nishikado, S.; Takagi, H.; Konomi, Y. Chewing number is related to incremental increases in body weight from 20 years of age in Japanese middle-aged adults. Gerodontology 2013, 30, 214–219

[12] Zhu, Y.; Hollis, J.H. Relationship between chewing behavior and body weight status in fully dentate healthy adults. Int. J. Food. Sci. Nutr. 2015, 66, 35–39.

[13] Ohkuma, T., Hirakawa, Y., Nakamura, U., Kiyohara, Y., Kitazono, T., & Ninomiya, T. (2015). Association between eating rate and obesity: a systematic review and meta-analysis. International journal of obesity, 39(11), 1589-1596.

[14] Idris, G., Smith, C., Galland, B., Taylor, R., Robertson, C. J., Bennani, H., & Farella, M. (2021). Relationship between chewing features and body mass index in young adolescents. Pediatric Obesity, 16(5), e12743.

[15] Okubo, H., Murakami, K., Masayasu, S., & Sasaki, S. (2019). The relationship of eating rate and degree of chewing to body weight status among preschool children in Japan: a nationwide cross-sectional study. Nutrients, 11(1), 64.

[16] Zhu, Y.; Hollis, J.H. Increasing the number of chews before swallowing reduces meal size in normal-weight, overweight, and obese adults. J. Acad. Nutr. Diet. 2014, 114, 926–931

[17] [18] Cassady, B.A.; Hollis, J.H.; Fulford, A.D.; Considine, R.V.; Mattes, R.D. Mastication of almonds: Effects of lipid bioaccessibility, appetite, and hormone response. Am. J. Clin. Nutr. 2009, 89, 794–800.

[19] Schnepper, R., Richard, A., Wilhelm, F. H., & Blechert, J. (2019). A combined mindfulness–prolonged chewing intervention reduces body weight, food craving, and emotional eating. Journal of consulting and clinical psychology, 87(1), 106.

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Célia Mores

L'auteur :
Célia Mores

Chercheur, conférencière et chargée d’enseignements à EDNH (Ecole de Diététique et Nutrition Humaine)

Spécialiste des questions du traitement de l’information par le cerveau humain, Celia s’intéresse plus spécifiquement aux processus mentaux impliqués dans la mémoire, l’attention, la perception, la prise de décision, le comportement alimentaire et les addictions de tous types (substances et comportementales) ; sans oublier les effets du stress.

Actuellement conférencière et chargée d’enseignements auprès d’institutions publiques et privées, elle intervient dans divers domaines, tous en lien avec le comportement humain.

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