Les emballages alimentaires, quels risques pour la santé du consommateur ?

Des emballages alimentaires omniprésents

Emballages alimentaires : de quoi parle-t-on ?

Littéralement, les emballages alimentaires désignent l’ensemble des matériaux en contact direct avec les aliments. Ils sont créés à des fins de transport, protection, conservation, entreposage et d’information. On y retrouve principalement les plastiques, le verre, le carton, le métal et le bois.

Tous ne se valent pas en termes de risque. Néanmoins, chacun d’entre eux possèdent ses défauts et ses contaminants propres hormis le verre qui semble très peu sujet aux migrations.

emballages plastiques

Enfin, pour être extrêmement rigoureux, il faudrait prendre en compte le contact des aliments avec tout ce qui les effleure. Par exemple, les conteneurs des usines où ils sont produits, mais aussi les ustensiles de cuisines qui rentrent en contact avec les aliments chez nous (1). 

 

Pourquoi utilise-t-on des emballages alimentaires ?

Dans le domaine alimentaire, les emballages répondent à des besoins essentiels tels que : 

  • Limiter le risque de contamination. 
  • Conserver les qualités nutritionnelles et organoleptiques
  • Faciliter le transport, l’usage et l’information d’un produit

excès d'emballages alimentaires

Les failles des emballages alimentaires

Les emballages alimentaires sont une réponse aux problématiques de conservation et de transport, mais chaque solution a ses défauts. Le recours à ces emballages comporte ainsi des risques santé (2) dont voici les principaux mécanismes :

  • La sorption, c’est-à-dire, l’absorption de composés de l’aliment par l’emballage. On assiste alors à une dégradation de l’aliment (qualité nutritionnelle et organoleptique) mais également à celle de l’emballage.
  • La perméation qui vient souvent après la sorption. En effet, lorsque l’emballage est altéré, les substances volatiles sont plus susceptibles de rentrer en contact avec l’aliment et donc de contaminer l’aliment.
  • La migration. C’est le transfert de constituants du matériau utilisé au sein de l’aliment (additifs, monomères, composés néoformés, etc.). Certains de ces composants peuvent malheureusement s’avérer nocifs pour la santé.

 

Emballages alimentaires, un danger pour notre santé ?

Il est essentiel d’étudier les différents impacts des emballages alimentaires sur notre santé et d’identifier les risques potentiels qu’ils présentent. C’est ce que s’appliquent à faire nos agences sanitaires (ANSES et EFSA). Elles évaluent le risque, c’est-à-dire la probabilité qu’un effet indésirable survienne dans une population donnée après exposition à une substance, et sa sévérité. Voyons cela d’un peu plus près.

 

Des emballages composés de substances à risque

Bisphénol A, phtalates, hydrocarbures, aluminium, micro-plastiques, … Toutes ces substances dont certaines vous sont plus familières que d’autres sont susceptibles de migrer au sein de nos aliments. Pour savoir si une contamination est problématique ou non, les agences prennent en compte le seuil de toxicité, la capacité du composé à migrer vers les aliments, ainsi que le taux d’exposition relatif à la consommation supposée de la denrée. 

substances risque dans les emballages plastiques

Le bisphénol A est un perturbateur endocrinien avéré qui impacte la fertilité masculine, féminine, l’obésité, perturbe les signaux hormonaux clés, etc. À l’heure actuelle la dose journalière admissible (DJA) pour le bisphénol A est de 0,05 mg/kg/j. Il est malheureusement souvent remplacé par ses compères le bisphénol B ou S, aussi toxiques si ce n’est plus encore.

Les phtalates dont fait partie le phtalates de bis (le plus utilisé), présents dans les plastiques sont eux aussi soumis à une DJA de 0,05 mg/kg/j pour leurs effets très probables de perturbations endocrines. (3,4,5,6)

Cependant, les données à disposition des agences ne permettent pas toujours de conclure quant aux risques précis de chaque substance sur  toutes les populations. Pour les hydrocarbures, par exemple, qui migrent de façon inquiétante vers nos aliments, les agences conseillent simplement de limiter leur usage le temps qu’une évaluation soit faite et que des doses journalières admissibles précises soient fixées. (3,4)

Enfin, certaines études remarquent des effets sur la perméabilité intestinale par certaines substances, d’autres encore sur le risque de cancer. Néanmoins, il est difficile de conclure clairement à un effet réel pour ce type de risque.

 

Composés néoformés et effet cocktail :  l’angoisse des toxicologues

Ces composés néoformés sont ceux qui inquiètent le plus les agences. Pourquoi ? Parce qu’ils ne sont pas présents dans l’emballage de départ. Ils résultent de réactions chimiques entre les molécules de l’emballage et de l’aliment ce qui rend les études toxicologiques particulièrement compliquées. (2)

L’effet cocktail est également un problème qui taraude fortement les scientifiques. Ce que l’on nomme effet cocktail, ce sont les interactions possibles entre plusieurs molécules. Plus on ajoute de substances, plus les effets cocktails sont complexes à analyser. Il est tout simplement impossible de tester toutes les combinaisons possibles et de les reproduire dans le cadre études. Peut-être l’avènement du « big data » pourra-t-il un jour nous y aider ? Nous ne nous risquerons pas à une réponse hasardeuse à une telle question qui implique des connaissances pointues en intelligence artificielle, algorithmique et gestion de données.

 

Emballages alimentaire et environnement : le risque santé à rebours

Enfin, souvent omis des discussions, il existe aussi un impact santé à rebours lié au relâchement des emballages alimentaires dans l’environnement. Ce phénomène aboutit à la pollution de diverses ressources naturelles telles que l’eau, les sols, l’air, etc. Des polluants issus d’emballages alimentaires sont ensuite absorbés dans leur milieu naturel par les poissons, les animaux ou encore les fruits et légumes. Ils se retrouvent finalement au sein de notre propre chaîne alimentaire.

les emballages alimentaires source de pollution

In fine, cette pollution a donc un impact indirect sur notre santé. Une récente étude conclut par exemple que les américains ingèrent jusqu’à 52 000 particules de micro-plastiques par an ! Même si cette étude a des limites évidentes (pas de distinction entre les micro-plastique des emballages et ceux de l’environnement tel que la cellulose) cela devrait pousser les agences à entreprendre des évaluations. (7)

 

Quelles solutions pour réduire l’impact des emballages alimentaires ?

Moins d’emballages inutiles, plus de vrac réglementé ?

Une des pistes pourrait être le vrac qui se développe beaucoup depuis quelques années. Cependant, si le vrac peut-être une solution de la boutique au consommateur (à condition que le consommateur amène ses sacs en tissus ou des contenants) encore faut-il que la réglementation se penche plus sur le cas du vrac et des potentielles contaminations en amont et en aval lorsque le produit est vendu. 

Actuellement, seulement 6 lois et réglementations régissent l’utilisation et l’innocuité de produits en vrac contre 40 pour les produits emballés. De là découlent des questions essentielles selon Michel Fontaine, président du conseil national de l’emballage : « comment assurer l’absence d’allergènes ? où faire figurer la liste d’ingrédients ? comment éviter que les consommateurs ne souillent les produits ? comment donner les conseils d’utilisation en l’absence du vendeur muet qu’est l’emballage ? comment assurer la traçabilité ? Etc. » (8)

 

Vers une réglementation plus contraignante pour les emballages problématiques ?

L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) fait état de dangers concernant les contaminants plastiques surtout en lien avec la chaleur. Pour répondre à ces préoccupations, la loi EGALIM, votée fin 2018, comporte plusieurs mesures positives devant entrer en vigueur entre 2020 et 2025.

Cette loi vise notamment à interdire les contenants alimentaires de cuisson, réchauffe et service en plastique dans nos collectivités. Elle propose également de bannir touillettes et pailles en plastique dans la restauration, ainsi que les bouteilles d’eau en plastique dans les cantines. (9)

Ces mesures vont permettre d’endiguer une partie de la pollution alimentaire au sein de nos restaurations collectives, mais aussi la pollution environnementale par le plastique.  Il faudra néanmoins rester attentif. Ces plastiques vont-ils être simplement supprimés ou bien remplacés ? Dans ce 2eme cas, attention au choix des nouveaux matériaux.

 

De nouveaux matériaux d’emballage prometteurs et durables ?

Dans le lot des matériaux prometteurs on retrouve les nanotechnologies et les emballages dits « intelligents ». Dans celui des matériaux durables toutes sortes de krafts, de cartons recyclée et d’emballages en cellulose. 

les emballages durables de demain ?

Ces matériaux ne sont pas toujours dépourvus de risques pour la santé. Certains emballages alimentaires en carton sont par exemple critiqués pour la présence de substances potentiellement nocives comme les filtres UV. Par ailleurs, leur qualité « durable » n’est pas toujours si évidente lorsqu’on regarde le ratio pollution environnementale / énergie requise pour leur fabrication.

Si les emballages alimentaires représentent une source importante de pollution et de risques santé, nous savons pas encore nous en passer et les matériaux idéaux ne semblent pas encore à portée de main.

 

Sources : 

(1) What do we mean by food contact material – EFSA on Youtube

(2) Severin, I., Riquet, A. M., & Chagnon, M. C. (2011). Évaluation et gestion des risques–Matériaux d’emballage à contact alimentaire. Cahiers de Nutrition et de Diététique46(2), 59-66.

(3) ANSES – Étude de l’alimentation totale française, Tome 1 et 2

(4) Bisphénol A – EFSA 

(5) ANSES – AVIS relatif à l’élaboration d’une valeur toxicologique de référence chronique par ingestion pour le phtalate de bis(2-éthylhexyle) (DEHP)

(6) Rousselle C, Bellanger M, Fiore K, Bayeux T, Chevrier C. Évaluation de l’impact sur la santé reproductive masculine et des coûts associés de deux phtalates : le DEHP et le DiNP. Bull Epidémiol Hebd. 2018;(22-23):472-9. http://invs.sante publiquefrance.fr/beh/2018/22-23/2018_22-23_3.html 

(7) Cox, K. D., Covernton, G. A., Davies, H. L., Dower, J. F., Juanes, F., & Dudas, S. E. (2019). Human Consumption of Microplastics. Environmental science & technology.

(8) Le conseil National de l’Emballage se penche sur les risques du vrac – Process alimentaire

(9) Ministère de l’agriculture et de l’alimentation – Egalim : ce que contient la loi agriculture et alimentation

 

 

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Julien Hernandez

L'auteur :
Julien Hernandez

Rédacteur scientifique, vulgarisateur, vidéaste amateur.

D’abord pris de passion pour l’alimentation, Julien s’est ensuite intéressé à l’élaboration des connaissances ainsi qu’à l’épistémologie de sa discipline. Après une formation de 3 années en nutrition humaine et sportive, il a voulu tenter l’expérience de vulgariser l’information scientifique dans ce domaine, expérience dont il est tombé amoureux.

Il écrit notamment pour LaNutrition.fr et Futura Santé et plus sporadiquement pour des plateformes de communication scientifique telles que Raccoursci. Il est aussi le créateur de la chaîne YouTube « Graine de savoir » où il réalise des interviews de chercheurs concernant les problématiques actuelles en alimentation sous tous leurs aspects.

Passionné de sciences en tout genre et de philosophie, il n’oublie pas de suspendre son jugement lorsqu’il se juge incompétent sur une question et tente de toujours aborder un problème dans son aspect multicentrique.

Pour Siga, Julien intervient comme rédacteur scientifique.

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