Faim dans le monde : accentuée par la crise de la Covid-19 ?

Insoluble ?

La faim dans le monde n’est, pour l’heure, pas résolue, ni en passe de l’être. En 2018, les derniers chiffres comptaient 2 milliards de personnes, soit 1 personne sur 4 (FAO, ONU, Banque mondiale), ayant souffert d’insécurité alimentaire, à savoir, « un état dans lequel se trouve tout individu lorsque la disponibilité d’aliments sains et nutritifs, ou sa capacité à acquérir ces aliments par des moyens socialement acceptables, est limitée ou incertaine ». Le récent rapport annuel de l’ONU, paru en juillet 2020, publie que près d’un humain sur neuf souffre de sous-alimentation chronique, en termes d’apports quantitatifs ou qualitatifs, une situation appelée à s’aggraver avec 8,9 % de la population mondiale souffrant de la faim dans le monde (FAO).

Une solution qui reste à trouver

Les causes potentielles de la faim dans le monde

Les principales pourraient être le modèle agro-industriel de monoculture. Ce modèle n’est pas exclusif, mais il reste majeur. En effet, dans certaines régions du monde, la polyculture comme l’assolement sont courants. Dans d’autres, la monoculture tend à laisser place à des pratiques plus diversifiées. Cette monoculture pourrait mener peu à peu à une disparition de la biodiversité des espèces cultivées, accentuée et accélérée par l’appropriation marchandisée des semences. D’autres causes sont à noter, comme la très forte dépendance aux marchés internationaux (notamment les pays en monoculture), les dérèglements climatiques et autres conflits armés. Ils viennent alors aggraver encore un peu plus le phénomène de la faim dans le monde.

La monoculture, piste possible de la fin dans le monde

2020 et crise de la covid… 

La crise de la Covid-19 a aussi et grandement accéléré le problème de la faim dans le monde et, en particulier, celle de 6,7 millions d’enfants supplémentaires issus des régions les plus pauvres du globe (Afrique, Asie, Amérique du Sud). Les conséquences sont multiples et tragiques : physiologiques (retard de croissance, développement déficient), sanitaires (obésité à moyen ou long terme), psycho-sociologiques (contraints au travail, à la mendicité, aux mariages précoces), etc. Henrietta Fore, directrice de l’UNICEF, alarme : « Les conséquences de la pandémie font plus de mal aux enfants que la maladie elle-même. »

Les conséquences de la covid

Le confinement a entraîné d’innombrables pertes d’emploi à travers le monde. Et ce notamment dans le champ de l’économie informelle, dominante dans certaines régions. La précarité s’est accentuée, en aggravant la situation de ménages déjà fragiles. Toutes les perturbations (chaînes d’approvisionnement, accès aux denrées de base, manque de main d’œuvre dans les champs, échanges commerciaux, ralentissement des transports, fermeture des ports et axes routiers, etc.) sont venues creuser les ventres encore un peu plus. L’augmentation du prix des denrées, et notamment des produits frais tels que les fruits et légumes ou les protéines animales, ou encore, l’interruption de services essentiels (soins ou aides alimentaires) ont poussé entre 83 et 132 millions de personnes vers la faim (rapport FAO : récession mondiale due au coronavirus, une estimation pour l’heure basse). Entre autres, près de 370 millions d’enfants à travers 143 pays (rapport ONU) n’ont plus eu accès au seul repas complet de la journée qu’apportait la cantine scolaire. Cela représente un budget que bon nombre de familles peinent à assumer.

un arbre qui cache la forêt de la faim dans le monde ?

Ces données ne viennent-elle pas révéler un mauvais état général du monde, dont les premières victimes sont les pauvres et les enfants ? Un monde dans un tournant décisif, avec des épidémies, des famines, des catastrophes environnementales dues à différentes causes, dont des actions des hommes : la nature au service de l’homme, et non plus l’inverse, des échelles de production mondiales et dépendantes, monocultures alors que le monde est diversité, une uniformisation des denrées alimentaires, etc. L’Homme a un rôle à jouer dans ce monde, dont les premières victimes sont les pauvres et les enfants. À noter que des phénomènes touchant l’alimentation sont aussi visibles dans nos sociétés plus riches.

un arbre qui cache la forêt

Changeons le monde

Quand beaucoup ont évoqué la fin de « ce » monde après la pandémie de la Covid-19 et le confinement que nous avons vécu, on peut se poser la question de revoir nos modèles économiques pour les rendre plus vertueux : un plus juste partage des richesses, une agriculture 100% raisonnée et raisonnable, diversifiée et locale, des paysan.ne.s justement rémunéré.e.s, de systèmes de consommation et de commercialisation, de gouvernance pensés le plus possible à l’échelle locale, etc. En somme, un monde juste, pour tou.te.s. Reste à une ambition à grande échelle d’amorcer le changement, au service du bien commun. À moins qu’il le soit à partir de dynamiques et d’expérimentations individuelles.

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Julie Lioré

L'auteur :
Julie Lioré

Julie Lioré est docteure en anthropologie et naturopathe.

Après plusieurs années de recherches appliquées sur les comportements alimentaires des jeunes, l’approche préventive et holistique de la naturopathie est venue compléter l’expertise du point de vue du corps et de la santé.

De cette approche transversale est née L’École des Aliments, un blog de pédagogie alimentaire sur lequel sont publiés des articles autour de l’interdépendance entre aliment, corps, santé et environnement.

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