Un régime végétarien pour les enfants ?

Qu’est ce qu’un régime végétarien ? 

De plus en plus de personnes se tournent vers un « régime végétarien » un peu comme un besoin de retourner à la nature mais aussi de manger plus « sain », plus « vrai »… 

mère et fille qui suivent un régime végétarien en train de cuisiner

Le problème est que ce n’est pas toujours le cas, comme l’indique un article de SIGA sur le sujet. Dans cet article, l’auteur en s’appuyant sur des données scientifiques, montre bien que les végétariens (ou régimes assimilés) comparés aux omnivores ne mangent pas plus sains, voire même consomment plus de produits ultra-transformés (37 % pour les végétariens contre 33 % pour les omnivores). Cela paraît étonnant que des individus recherchant pour eux-mêmes et pour leurs enfants une meilleure alimentation en adoptant un régime végétarien se retrouvent avec plus de produits transformés que les omnivores. 

L’importance de manger vrai tout en mangeant végétal

En fait, cela provient, comme le souligne l’article de SIGA, de l’offre proposée pour substituer les produits animaux dans l’alimentation quotidienne par des produits « équivalents » à la fois sur le plan psychologique (« avoir l’impression de » ) mais tout en apportant l’apport de nutriments nécessaires au bon fonctionnement de l’organisme. Malheureusement, la plupart de ces produits de remplacement comme les « steak » végétaux, très à la mode actuellement, sont des produits ultra-transformés donc « nocifs » pour la santé.  

Ce qu’il faut avoir à l’esprit c’est que « manger végétal » n’est pas un garant de bien manger, de « manger vrai »… Le mode de consommation adopté par certains végétariens peut même s’en éloigner et ne pas répondre à ce qui est préconisé par Anthony Fardet avec la règle des 3 V : végétal, vrai et varié. Les individus qui adoptent cette règle voient leur consommation d’aliments ultra transformés considérablement réduite par rapport à la consommation des omnivores puisqu’elle passe de 33 % à 15%. 

Il est donc impératif de faire attention à ce qu’on entend par « régime végétarien » plus particulièrement chez les enfants qui en pleine croissance, en plein développement ont des besoins nutritionnels spécifiques. 

un enfant tenant un légume

Alimentation végétarienne chez les enfants et / ou adolescents : bonne idée ou « fausse » bonne idée ? 

Décryptons les idées reçues…

La question n’est pas tant de savoir si un régime végétarien est bon (ou non ) pour les enfants et / ou les adolescents mais plus du type d’alimentation végétarienne qui sera mise en place. Cela afin de ne pas augmenter la consommation de produits ultra-transformés ; le but étant, au contraire, de la diminuer ; tout en apportant les nutriments nécessaires au bon développement de l’organisme. 

Il existe malheureusement peu d’études qui se sont penchées sur les conséquences de l’alimentation végétarienne chez les enfants et les adolescents. Il est vrai que selon l’INCA 3 (juin 2017), en France peu d’enfants et adolescents déclarent suivre un régime végétarien. En effet, selon leur enquête, ils ne seraient que 0,4 %. Ce qui explique probablement le peu d’études sur le sujet, bien que depuis 2017, ce type de « régime » est en plein essor.  Or, malgré tout, c’est justement cette population qui devrait être ciblée, puisque, en pleine croissance, ils ont besoin plus que  les adultes d’apports spécifiques. 

Bien que peu étudié, le risque de carences nutritionnelles chez les enfants et adolescents suivant un régime végétarien le suivi et l’accompagnement professionnel est nécessaire, tout de même, était d’établir des recommandations nutritionnelles pour cette population spécifique.

Les apports d’un régime végétarien : suffisant pour les enfants ?

Certains nutriments essentiels, comme le fer, le zinc, les acides gras à longue chaîne  (oméga 3), les protéines, l’iode, le calcium, la vitamines D et la vitamine B-12 méritent une attention toute particulière lors de la mise en place d’un régime végétarien. En effet, un régime végétarien mal géré pourrait provoquer des carences et provoquer le développement de certaines pathologies. 

Des repas végétariens

Ainsi, si un régime végétarien n’est pas suffisamment diversifié, avec un apport suffisant en légumineuses, céréales, oeufs et produits laitiers, des carences peuvent apparaître notamment en fer.

En revanche, le risque serait « moindre », selon certaines études, pour le calcium, la vitamine D, les oméga 3 et certains acides aminés essentiels. Attention que « moindre » ne signifie pas inexistant. Cette nuance dans l’établissement d’un régime végétarien chez les enfants et adolescents est à prendre en compte. Il est connu par exemple, qu’un déficit en oméga 3 peut avoir des conséquences néfastes sur le développement cérébral voire engendrer un retard mental. 

Pour ce qui est de la vitamine B12, apporté par les produits « carnés », et animaux , il faut pour éviter toutes carences que la consommation de produits laitiers et d’œufs soit régulière. 

En revanche, un régime végétarien bien préparé, c’est à dire répondant aux recommandations actuelles pour tous les nutriments essentiels cités ci-dessus, est approprié, même pendant la grossesse, l’allaitement, la petite enfance, l’enfance et l’adolescence.

En raison du manque de données objectives sur l’impact d’une alimentation végétarienne chez les enfants et adolescents, des scientifiques ont creusé la question, en comparant notamment l’état nutritionnel d’enfants et d’adolescents végétariens versus omnivores (149 versus 137 adolescents âgés de 6-18 ans).

Grâce à une analyse sanguine, ils ont  pu comparer le taux de vitamine B2,  de vitamine D, d’ HDL cholestérol et de triglycérides afin de voir l’impact de l’alimentation végétarienne sur ce type de facteurs. Aucune différence significative n’a été mise en évidence, ce qui leur a permis de conclure qu’une alimentation végétarienne chez les enfants et adolescents n’entraîne pas de risques nutritionnels spécifiques.

Un régime qui peut se révéler préventif ?

Certaines études, elles ont démontré en comparant des enfants végétariens à des enfants omnivores que la croissance des enfants végétariens n’était pas altérée. D’autres, vont même jusqu’à préconiser ce type de régime en prévention d’une obésité car il a été montré que le poids, l’IMC mais aussi la masse grasse corporelle étaient inférieurs chez les végétariens comparativement aux omnivores. 

Un avocat entouré par un mètre

D’après l’association américaine de diététique, les régimes végétariens, seraient plus qu’appropriés ou que « sains » car ils  pourraient apporter des bienfaits pour la santé dans la prévention et le traitement de certaines maladies. Cet état de fait serait dû aux caractéristiques de ce type de régime : apports plus faibles en graisses saturées et en cholestérol, apports plus élevés en fruits, légumes, noix, fibres…

En résumé, si ils sont bien structurés,  ils correspondent à la règle des 3 V comme le recommande Antony farder et comme nous le préconisons chez SIGA

En conclusion

Si, en tant que parent, vous souhaitez faire suivre un régime végétarien à vos enfants / adolescents, il faudra vous assurer que leurs besoins nutritionnels soient bien couverts afin de ne pas perturber la croissance, notamment le développement cérébral. Il est évident qu’à chaque âge ses besoins. Ainsi, selon une revue de la littérature, avant l’âge de 3 ans, il faut porter une attention particulière à l’apport de fer, de calcium, de vitamine D, de vitamine B, de zinc et d’acides gras polyinsaturés (oméga 3). 

Pour conclure, il est tout à fait envisageable de proposer une alimentation végétarienne à des enfants à partir du moment où cette alimentation suit les recommandations nutritionnelles  actuelles en vigueur pour ce type de régime. Cela, afin de ne pas voir apparaître de carences ou le développement de certaines pathologies. Il faudra aussi veiller à éviter la consommation de produits ultra-transformés, trop souvent proposés comme palliatifs à l’alimentation omnivores (ex : « steak végétaux » industriels….).

Pour ce faire, les professionnels de la diététique et de la nutrition vont pouvoir, afin de répondre aux besoins nutritionnels des végétariens, jouer un rôle clé dans la mise en place et le suivi de ce type de régime : éducation des végétariens sur les sources de nutriments spécifiques, achat et préparation des aliments.

 

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Célia Mores

L'auteur :
Célia Mores

Chercheur, conférencière et chargée d’enseignements à EDNH (Ecole de Diététique et Nutrition Humaine)

Spécialiste des questions du traitement de l’information par le cerveau humain, Celia s’intéresse plus spécifiquement aux processus mentaux impliqués dans la mémoire, l’attention, la perception, la prise de décision, le comportement alimentaire et les addictions de tous types (substances et comportementales) ; sans oublier les effets du stress.

Actuellement conférencière et chargée d’enseignements auprès d’institutions publiques et privées, elle intervient dans divers domaines, tous en lien avec le comportement humain.

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